ÉCOPAGE FEU DE FORÊT BRIGNOLES

29 JUILLET 2026

Le mercredi 29 juillet 2026, vers 17 heures, un violent feu de végétation se déclare au sud-est de Brignoles, dans le Var. Le sinistre parcourt environ 130 hectares avant d’être maîtrisé, entraînant l’évacuation de près de 650 personnes. Pour l’attaquer, un dispositif conséquent est engagé au sol comme dans les airs, avec notamment trois Canadair, deux Dash 8 et plusieurs hélicoptères bombardiers d’eau.

Le « Canadair », nom passé dans le langage courant pour désigner le Bombardier CL-415 ( et son ancêtre le CL-215 ), est l’un des rares avions au monde capable de se ravitailler en eau, sans jamais se poser. Contrairement au Dash 8, qui doit impérativement rejoindre une base au sol ( un « pélicandr­ome » ) pour recharger son réservoir en produit retardant. Le Canadair peut multiplier les rotations en quelques minutes seulement, tant qu’un plan d’eau adapté se trouve à proximité du sinistre.

Chaque appareil peut embarquer environ 6 000 litres d’eau, largués en un seul passage sur le foyer ou fractionnés en plusieurs largages selon la configuration du terrain et la stratégie des pilotes. C’est cette capacité de rotation rapide ( un aller-retour entre le point d’eau et le feu peut ne durer que quelques minutes lorsque la distance est courte ) qui permet de « noyer » un départ de feu avant qu’il ne prenne des proportions incontrôlables.

L’écopage est la manœuvre par laquelle le Canadair remplit ses réservoirs directement en surface, sans se poser. L’avion effectue un premier passage à basse altitude ( 30 à 50 mètres ) au-dessus du plan d’eau choisi, afin de signaler ses intentions aux autres usagers présents : plaisanciers, baigneurs, pêcheurs.

Lors de ce second passage, l’avion descend au ras de l’eau et déploie deux écopes situées sous la coque : en une quinzaine de secondes, sur une distance d’environ 400 mètres et à une vitesse proche de 80 nœuds, il « avale » plusieurs milliers de litres d’eau avant de reprendre de l’altitude pour filer vers le foyer.

La rade d’Hyères, comme celle de Toulon, figure parmi les zones d’écopage officiellement définies par la Préfecture maritime en Méditerranée. Sa proximité avec la base de la Sécurité civile de Nîmes-Garons et avec les massifs forestiers varois ( Maures, Sainte-Baume, arrière-pays de Brignoles ) en fait un point d’appui stratégique dès qu’un feu se déclare dans le département. C’est très probablement depuis ce type de plan d’eau, ou depuis un site équivalent du littoral varois, que les trois Canadair engagés sur le feu de Brignoles ont pu enchaîner leurs rotations le 29 juillet.

Assister à un écopage est un spectacle impressionnant, mais la manœuvre impose des règles de sécurité strictes. Dès qu’un Canadair amorce son premier passage bas au-dessus d’une zone, les bateaux et autres usagers doivent s’écarter de l’axe de travail d’au moins 500 mètres, et rester attentifs même en dehors de tout épisode de feu, puisque les équipages s’entraînent toute l’année sur ces mêmes plans d’eau. Une veille sur le canal VHF 16 permet généralement d’anticiper l’arrivée des appareils.

L’écopage dans la rade d’Hyères pour le feu de Brignoles s’inscrit dans un été 2026 marqué par une activité aérienne exceptionnelle : plus de 2 100 heures de vol déjà comptabilisées pour la flotte de Canadair fin juillet, contre environ 230 heures sur la même période en 2024. Cette intensité illustre à la fois la sévérité de la saison des feux et le rôle irremplaçable de ces avions amphibies, dont la capacité à écoper au plus près des sinistres reste, encore aujourd’hui, un atout que même les moyens aériens les plus récents ne peuvent égaler.